Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 10:31

Le Turkestan Oriental, désigné sur toutes les cartes du monde par l’appellation chinoise Xinjiang (ce qui signifie « nouvelle frontière »), représente en superficie le quart du territoire chinois. Il est habité aujourd’hui par environ 25 millions de personnes, dont 60% de chinois et 35% d’ouigours, les 5% restant comprenant les minorités kazakhe, kirghize, ouzbèk, mongole ainsi que les tounganes, qui sont des musulmans chinois.

Avant 1949, les seuls chinois présents sur ce territoire étaient les tounganes, qui n’avaient guère d’ambition colonisatrice et qui vivaient en relative harmonie avec les autres populations. Ces dernières, toutes turcophones et de même confession musulmane, se partageaient le territoire en fonction de leurs activités : les kazakhes, kirghizes et ouzbèks, minorités nomades, résidaient dans les montagnes, tandis que les ouigours habitaient les plaines et vivaient de l’agriculture et du commerce. Le politique se résumait alors en des chefs de province, qui devaient passer leur temps à guerroyer les uns contre les autres.
Mais tout est devenu plus compliqué pour l’Asie centrale dans le début des années 1940. Sans entrer dans les détails, il suffit de rappeler qu’en cette époque de deuxième guerre mondiale, la Russie était soviétique, l’Inde anglaise, et la Chine, non seulement se battait contre l’envahisseur japonais, mais était surtout en pleine guerre civile, entre les républicains de Tchang Kai Tchek et les communistes de Mao. Le Turkestan, ayant une position relativement centrale, fut donc rapidement la cible des trois grandes puissances précédemment citées. Les premiers à occuper le territoire furent les républicains de Tchang Kai Tchek, dont le but était évidemment de contrôler tout ce qui n’était pas encore communiste. C’est pourquoi les autochtones se tournèrent vers la Russie, qui est alors apparue comme la seule capable de les aider face à cet envahisseur. Des étudiants sont donc partis à Moscou pour revenir avec plein d’idées révolutionnaires et surtout armés. Sous le commandement d’ouigours, de kazakhes, de kirghizes, d’ouzbèks et de tounganes, la population s’est donc battue contre les républicains et a réussi à les vaincre, proclamant en 1944 la République du Turkestan Oriental. Mais cette jeune république, gouvernée par des représentants des différentes minorités, n’a pas tenu bien longtemps puisque les troupes communistes de Mao y sont arrivées en 1949….et pour ne plus en repartir.
Mao Tse Toung avait effectivement pour première priorité de régler ce qu’il appelait le « problème des minorités », avant de pouvoir inaugurer les nouvelles frontières de ce qui serait la « nouvelle Chine ». Il a donc invité les représentants des trois grandes régions habitées par des minorités : la Mongolie intérieure, le Tibet et le Turkestan Oriental. Le gouvernement turkestanais a donc envoyé cinq personnes à Pékin : deux ouïgours (dont le président Ahmet Kasimi), un kazak (le général de l’armée), un kirgiz, et un toungane. Mais l’avion dans lequel ils avaient pris place s’est écrasé en Mongolie, ne laissant aucun survivant. Pour les ouïgours, il ne fait aucun doute que cet accident était en fait un assassinat, et le président Kasimi est aujourd’hui devenu la figure du héros national, que tous reconnaissent comme leur dernier président légitime.

Par Socio-Géographe - Publié dans : Le Turkestan Oriental
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 10:12

Le monde d’aujourd’hui a fait de notre planète un énorme réseau où il nous est permis de savoir ce qui se passe, sous toutes les latitudes et à tous les instants. Mais il reste encore des contrées qui, si elles ne nous sont pas inconnues, restent oubliées de tous…des contrées où les populations aimeraient crier au monde leur existence, faire savoir que leur quotidien est entravé par un régime dictatorial qui les prive de leur liberté.

C’est ce qui se passe au Turkestan Oriental….Le nom de ce pays a disparu depuis bien longtemps, et les seuls à se rappeler son existence sont les peuples turcophones, depuis la Turquie jusqu’à l’ensemble de l’Asie centrale. Cette vaste région du monde rassemble effectivement des populations ayant un passé et une culture en commun, et le premier peuplement de cette ethnie est justement apparu dans ce Turkestan qui est aujourd’hui chinois.

L’histoire de ce territoire est complexe, d’autant plus qu’il est difficile de savoir ce qu’il en a réellement été. La Chine est effectivement devenue depuis plus d’un demi-siècle professionnelle dans l’art de brouiller les pistes et de réécrire le passé… Les ouigours eux-mêmes ont bien du mal à démêler le vrai du faux dans ce que leurs enfants apprennent aujourd’hui à l’école. Les chinois les considèrent comme l’une des 56 minorités qui sont recensées sur leur territoire, mais il est évident qu’ils n’ont guère de choses en commun. Certains affirment qu’il n’aurait pas pu en être autrement, et que les ouigours, n’ayant jamais connu d’Etat au sens de l’Etat Nation, n’avaient pas d’autre possibilité que d’entrer dans la Chine moderne. Seulement, il s’agit ici d’une annexion territoriale mais bien plus encore : les ouigours sont privés de certains droits humains inaliénables et doivent se plier aux décisions du parti communiste chinois allant souvent à l’encontre de leur culture et de leur religion.

Aujourd’hui, le quotidien des ouigours est marqué par la domination chinoise, qui s’exprime dans les moindres détails de leur vie. L’installation de nombreux chinois depuis les années 50 en a fait une minorité sur leur propre territoire, et il est de plus en plus difficile pour eux de pratiquer leur religion et d’enseigner à leurs enfants leur propre culture.

A la rentrée scolaire de 2007, la langue ouigour, qui était encore de vigueur dans les écoles auparavant, a été interdite et tous les cours se déroulent désormais en chinois.

En 2007 toujours, tous les passeports ouigours ont été confisqués ; en cinq jours, le gouvernement chinois a ramassé 8 millions de passeports… La raison donnée était de les empêcher de faire le pèlerinage à la Mecque, mais c’est également une manière bien pratique de contrôler les déplacements des ouigours et les empêcher de quitter le territoire.  

Ces mesures démontrent le comportement des chinois vis-à-vis des ouigours, et la relation entre les deux communautés se vérifie au quotidien par une cohabitation très difficile. L’ambiance qui règne dans les villes de ce nord-est chinois est donc des plus étrange, et les habitants vivent dans un éternel évitement les uns des autres. Les ouigours ne consomment que chez les ouigours, et les chinois seulement chez les chinois. Le « délit de faciès » est donc monnaie courante…
 

Pourtant, la culture ouigour est loin de tomber dans l’oubli, car ce peuple veut préserver son identité et ne cesse de démontrer sa différence avec la culture chinoise. Malgré les multiples interdictions concernant les publications, la langue, ou la religion, les ouigours continuent de vivre entre eux et enseignent à leurs enfants leurs propres mœurs et traditions.

La puissance des autorités chinoises a de nombreuses fois montré ses capacités à offrir au monde un visage modifié par le mensonge, et le contexte actuel, dominé par les relations économiques entre les grandes puissances, entraîne les chefs d’Etat a éviter toute allusion aux droits de l’homme bafoués et aux minorités réduites au silence. Alors, si notre capacité à agir se résume dans ce cas là à parler des ouigours, à évoquer leur existence et leur courage, cela est d’autant plus important que c’est notre seul moyen aujourd’hui pour les aider à ne pas tomber dans l’oubli…

Par Socio-Géographe - Publié dans : Le Turkestan Oriental
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