Le Turkestan Oriental, désigné sur toutes les cartes du monde par l’appellation chinoise Xinjiang (ce qui signifie « nouvelle
frontière »), représente en superficie le quart du territoire chinois. Il est habité aujourd’hui par environ 25 millions de personnes, dont 60% de chinois et 35% d’ouigours, les 5% restant
comprenant les minorités kazakhe, kirghize, ouzbèk, mongole ainsi que les tounganes, qui sont des musulmans chinois.
Avant 1949, les seuls chinois présents sur ce territoire étaient les tounganes, qui n’avaient guère d’ambition colonisatrice et qui vivaient en relative harmonie avec les autres populations. Ces
dernières, toutes turcophones et de même confession musulmane, se partageaient le territoire en fonction de leurs activités : les kazakhes, kirghizes et ouzbèks, minorités nomades,
résidaient dans les montagnes, tandis que les ouigours habitaient les plaines et vivaient de l’agriculture et du commerce. Le politique se résumait alors en des chefs de province, qui devaient
passer leur temps à guerroyer les uns contre les autres.
Mais tout est devenu plus compliqué pour l’Asie centrale dans le début des années 1940. Sans entrer dans les détails, il suffit de rappeler qu’en cette époque de deuxième guerre mondiale, la
Russie était soviétique, l’Inde anglaise, et la Chine, non seulement se battait contre l’envahisseur japonais, mais était surtout en pleine guerre civile, entre les républicains de Tchang Kai
Tchek et les communistes de Mao. Le Turkestan, ayant une position relativement centrale, fut donc rapidement la cible des trois grandes puissances précédemment citées. Les premiers à occuper le
territoire furent les républicains de Tchang Kai Tchek, dont le but était évidemment de contrôler tout ce qui n’était pas encore communiste. C’est pourquoi les autochtones se tournèrent vers la
Russie, qui est alors apparue comme la seule capable de les aider face à cet envahisseur. Des étudiants sont donc partis à Moscou pour revenir avec plein d’idées révolutionnaires et surtout
armés. Sous le commandement d’ouigours, de kazakhes, de kirghizes, d’ouzbèks et de tounganes, la population s’est donc battue contre les républicains et a réussi à les vaincre, proclamant en 1944
la République du Turkestan Oriental. Mais cette jeune république, gouvernée par des représentants des différentes minorités, n’a pas tenu bien longtemps puisque les troupes communistes de Mao y
sont arrivées en 1949….et pour ne plus en repartir.
Mao Tse Toung avait effectivement pour première priorité de régler ce qu’il appelait le « problème des minorités », avant de pouvoir inaugurer les nouvelles frontières de ce qui
serait la « nouvelle Chine ». Il a donc invité les représentants des trois grandes régions habitées par des minorités : la Mongolie intérieure, le Tibet et le Turkestan Oriental.
Le gouvernement turkestanais a donc envoyé cinq personnes à Pékin : deux ouïgours (dont le président Ahmet Kasimi), un kazak (le général de l’armée), un kirgiz, et un toungane. Mais l’avion
dans lequel ils avaient pris place s’est écrasé en Mongolie, ne laissant aucun survivant. Pour les ouïgours, il ne fait aucun doute que cet accident était en fait un assassinat, et le président
Kasimi est aujourd’hui devenu la figure du héros national, que tous reconnaissent comme leur dernier président légitime.
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